A Paris, les insoumis placent le «municipalisme» au cœur de leur campagne

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SOURCE : Libération

Les candidats insoumis Vikash Dhorasoo et Danielle Simonnet en campagne à Paris le 21 février.

En meeting à la Bellevilloise, Danielle Simonnet et Vikash Dhorasoo, les chefs de file des listes Décidons Paris, ont insisté sur leur volonté de donner le pouvoir aux citoyens à l’échelle municipale.

En une heure, on aura entendu parler féminisme, combats syndicaux ou encore dauphins en voie de disparition. En meeting à la Bellevilloise, les insoumis parisiens ont fait défiler des militants sur scène avant un discours de leurs chefs de file, Danielle Simonnet et Vikash Dhorasso, suivi d’un buffet vegan et de concerts.

«Cela fait neuf mois qu’on a lancé Décidons Paris, je suis ravie de cette aventure», a amorcé l’élue insoumise avant de passer la balle au footballeur qui a refait le récit de son engagement. Il y a une émission de Cyril Hanouna en mars dernier, avec Juan Branco, Eric Naulleau et Danielle Simonnet sur le plateau. «C’est pas difficile de passer cinq minutes avec des gilets jaunes ?» demande le chroniqueur à la politique. «Et vous, de passer votre vie avec Zemmour ?», lui rétorque-t-elle. «J’ai tout de suite voulu regarder qui était cette dame», raconte celui qui mène la liste du XVIIIe. Il y a aussi un square aux Abbesses, où vit le footballeur. «Des riverains se sont mobilisés pour faire enlever le terrain de sport où venaient des enfants des classes populaires», rappelle-t-il. Ils recueillent 1 000 signatures sur leur pétition, le camp Dhorasoo, 11 000. Ce combat gagné, il décide de s’engager dans la bataille de Paris. 

Municipalisme

Les insoumis parisiens aiment ce genre de récit, qui illustre leur démarche politique. Ils répètent un mot en boucle : municipalisme. La théorie, née dans les années 70, fait de la ville l’échelon central pour que les citoyens s’emparent du pouvoir. «Il s’agit d’organiser l’auto-organisation du peuple», résume Danielle Simonnet. L’élue cite aussi Saul Alinsky, sociologue américain fondateur du concept de «community organizing», ou «organisation communautaire» version française, soit le fait d’aider les citoyens à s’organiser à l’échelle locale, notamment dans les quartiers populaires, pour qu’ils mènent et gagnent des luttes. D’où la mise en avant des profils citoyens et militants qui remplissent leurs listes. «Quelqu’un comme Vikash incarne ça, mais pas seulement», explique Sarah Legrain, candidate dans le XIXe. On entend souvent les noms de Lamya Essemlali présidente de Sea Shepherd France et vice-présidente du parti antispéciste REV, candidate dans le XIVe, Frédéric Viale, membre du collectif «Non aux JO 2024» dans le XVe, Natalia Rebollo Quero, militante du parti espagnol de gauche radicale Podemos dans le VIIIe ou encore Ourida Makboul, syndicaliste intérimaire dans le XVIe. Même dans les arrondissements peu enclins au vote insoumis, des listes ont été déposées. 17 binômes, soumis au vote lors d’une «assemblée citoyenne». Dans le lexique de Décidons Paris, il y a aussi les «débats mouvants» (on trace une ligne au milieu d’une salle qui matérialise le camp des pour d’un côté, des contre de l’autre, dans lesquels les participants se situent au gré des débats) ou encore le «programme participatif», élaboré avec les citoyens qui souhaitaient s’engager.

«Je me suis éclatée»

Au cœur de ce programme : le RIC local. L’acronyme, mis en avant par les gilets jaunes, désigne la possibilité de déclencher un référendum pour contrer une proposition dès que 5% des inscrits sur les listes signent une pétition. Un processus qui serait modulable au niveau de l’arrondissement.

En attendant la prise de pouvoir citoyenne, Danielle Simonnet mène la campagne en première ligne. La seule insoumise du Conseil de Paris sortant, auteure de 700 vœux pendant la mandature, s’amuse d’avoir fait grimper le temps de parole des femmes dans l’hémicycle. «Je me suis éclatée, raconte-t-elle à LibéJ’ai été la seule incarnation d’une cohérence pendant la mandature.» Et désormais, assure-t-elle, «la seule représentante des classes populaires» dans la campagne. L’élue ne laisse personne indemne. Les écolos ? «Ils ont voté tous les budgets de la ville». Le PCF ? «Ian Brossat est la caution communiste de la majorité mais il n’a mené aucune bataille contre Missika». Jean-Louis Missika, adjoint en charge de l’urbanisme de l’équipe sortante, et bête noire de Danielle Simonnet. L’homme, qui a piloté le programme d’Anne Hidalgo, serait à ses yeux largement responsable de la politique de financiarisation de la ville, peu à peu grignotée par les intérêts privés. Exemple souvent cité : le crématorium de Père Lachaise, jusque-là géré par la ville et qui sera désormais contrôlé par Funecap, une société privée. «Ils ont accepté la mise en concurrence et c’est le privé qui remporte le marché», enrage Simonnet. Une critique sur laquelle s’accordent de nombreux conseillers, y compris moins à gauche que l’insoumise. «Il y a un vrai problème de rapport au privé, estime par exemple Mao Peninou, ex-adjoint d’Anne Hidalgo, rallié à Cédric Villani. Ils achètent dans le VIIe, VIIIe ou XVIe pour faire du logement social et font rentrer de l’argent en vendant à des groupes privés dans le XIXe, le XXe…» 

Moineaux

Dans la grille de lecture de Danielle Simonnet, tout est lié : le rapport au privé, le problème du logement et l’urgence écologique. Pour le démontrer, elle parle des moineaux. A Paris, 70% de l’espèce a disparu, la faute à la bétonisation. «Le privé a mis du béton partout pour rentabiliser le moindre mètre carré, assure-t-elle. C’est la même spéculation qui a chassé les moineaux et les classes populaires». La candidate propose donc d’organiser un référendum pour demander aux Parisiens s’ils veulent que la mairie récupère trois compétences de l’Etat: l’application de la loi de réquisition, l’encadrement des loyers et la régulation ou l’interdiction d’Airbnb. Et convaincre le gouvernement de céder en cas de réponse positive. Ce que promet aussi Paris en Commun, comme l’a prévu l’accord entre le PS et le PCF. D’où l’incompréhension de la Gauche républicaine et socialiste d’Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann, qui ont décidé de quitter la campagne de la France insoumise, leur reprochant de «mettre dans le même sac» la maire sortante et la droite.

Danielle Simonnet n’est pas tout à fait du genre à faire des concessions. Quand David Belliard l’inclut à son projet de coalition climat, qui intègre aussi Hidalgo et Villani, elle décline et cogne. «C’est une faute politique de le proposer. Villani est dans l’écologie d’accompagnement du système», affirmait-elle à Libé au moment de la proposition. Qui pourrait indirectement avoir du bon pour les insoumis. «L’idée d’une alliance avec Villani peut nous libérer de l’espace», explique Sarah Legrain, tête de liste dans le XIXe. En 2014, seule la liste du XXe, menée par Danielle Simonnet, s’était maintenue au second tour. Cette fois, les insoumis misent aussi sur les XIIIe, XVIIIe et XIXe arrondissements.«On est plus implantés dans les quartiers populaires qu’en 2014», veut croire Danielle Simonnet. La seule élue parisienne de la France insoumise s’amuse : «On part du nul au conseil de Paris donc forcément, on progressera.» 


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