Notes rapides sur la situation mondiale

AVANT-PROPOS : les articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » ne représentent pas les positions de notre tendance, mais sont publiés à titre d’information ou pour nourrir les débats d’actualités.

SOURCE : Arguments pour la lutte sociale

Présentation

En vue de la réunion publique qu’Aplutsoc tiendra ce dimanche 13 septembre de 14H à 18H au Maltais Rouge à Paris, nous donnons rapidement quelques idées clés que nous soumettons à la discussion.

Si des camarades de province ne pouvaient assister à notre réunion, qu’ils nous contactent pour que nous leur fournissions les indications pour suivre les débats en direct sous la forme d’une réunion en ligne.

La plupart des commentaires « autorisés » décrivent ainsi le moment actuel de la situation mondiale : après le choc de la pandémie, on est dans l’attente d’une crise économique et sociale prévue se combinant à la seconde vague pandémique plus que probable (et en fait déjà là).

C’est là une présentation biaisée et réductrice. Elle tait tout d’abord le fait que « crise globale » était déjà l’expression pouvant résumer la situation mondiale avant la pandémie, cela non seulement de façon structurelle dans le moyen terme – la crise climatique – mais aussi de façon directement conjoncturelle, la seconde partie de l’année 2019 ayant vu une vague sans précédent d’explosions et de soulèvements sociaux à portée révolutionnaire, du Sud au Nord et de l’Est à l’Ouest, particulièrement au Proche et Moyen Orient et en Amérique latine.

Le choc lié à la pandémie s’est produit, à la façon d’un certain mois d’août quatorze, de façon incontrôlée et non anticipée de la part de gouvernements se targuant de prévoir et d’anticiper. Se sont combinés : la réalité d’une pandémie de caractère certes non immédiatement mortel pour la masse de la population, mais imprévisible, susceptible de mutations et surtout d’une diffusion à la rapidité sans précédent, suivant les voix de circulation du capital ; l’effet de choc déclenché par les mesures prises par l’État chinois coupant les chaînes industrielles de production en Asie orientale ; le déclenchement d’un krach boursier qui aurait eu lieu de toute façon mais qui a trouvé là son « alibi » et son mode spécifique de réalisation ; l’utilisation répressive des confinements contre les mouvements sociaux et démocratiques montant, comme l’illustrent les cas algérien et indien ; inversement, les grèves sur le tas imposant par en bas confinement et mesures sanitaires, particulièrement frappantes aux États-Unis. Cette combinaison de facteurs donne son caractère inédit à la crise de 2020, dont la gravité immédiate dépasse celle de 1929. Le fait global principal est l’effectuation de la dislocation du marché mondial, dont certains éléments étaient engagés avant la pandémie (guerre commerciale Washington/Beijing, Brexit, notamment).

Passé le moment de « sidération globale » qui fut aussi un moment d’auto-organisation souterraine par en bas, la sortie des confinements a vu le processus de crises politiques et d’insurrections populaires en chaîne amorcer sa reprise, à un niveau nouveau, car ce sont désormais les États-Unis, et non plus l’Irak ou le Chili, son épicentre. Ce sont des dizaines de millions qui ont manifesté aux États-Unis, avec la jeunesse noire en avant-garde, mais nullement isolée : entraînant de très larges couches de toute la population, du prolétariat. Minneapolis, Portland, Kenosha, à nouveau Portland, ont rythmé une bataille dont les morts se comptent déjà par dizaines. Trump a été radicalement affaibli, mais des milices fascistes se forment sous son égide. Le retrait de la candidature Sanders avait coïncidé avec l’entrée en « pandémie », et le décalage est profond entre la radicalité du mouvement spontané, qui veut « détruire la police », et les perspectives des organisations politiques comme la plus importante, les DSA : la question du pouvoir est posée aux États-Unis et chacun sait que l’élection de Biden ne la résoudrait pas.

Du point de vue du capital, une élection incontestable et incontestée de Biden permettrait de tenter de solder le moment Trump en affrontant le mouvement des masses qui va continuer, en combinant concessions et répression. D’une façon ou d’une autre, la crise au sommet, se combinant à la poussée d’en bas, rebondira, et sans doute plus vite qu’on ne peut l’escompter. Toutes les autres éventualités pour le 3 novembre – élection contestée de Biden et élection contestée de Trump, l’élection incontestée de Trump étant improbable et conduisant d’ailleurs elle aussi à l’affrontement – sont extrêmement périlleuses pour l’État et le capital US, la perspective de la sécession de certains États et des éléments de guerre civile faisant partie des coordonnées de la situation.

La gravité de la crise, au sommet et à la base, de ce qui est encore la première puissance impérialiste mondiale, plaque tournante des flux de capitaux, fait que la situation mondiale au moment présent est en réalité suspendue au 3 novembre prochain, jour des élections présidentielles nord-américaines. Cela ne veut nullement dire que rien ne se passe ailleurs en attendant, bien au contraire, mais plutôt que les crises se multiplient en même temps que l’épicentre du désordre les catalyse.

La crise révolutionnaire en Bélarus s’inscrit dans ce développement dont elle est à présent un maillon de toute première importance, et cela, parce qu’il s’agit d’une crise révolutionnaire porteuse de réorganisation de la société sur de nouveaux axes, dans laquelle la classe ouvrière est intervenue de manière décisive, les femmes sont aux premiers rangs, et les revendications démocratiques et politiques au centre, ce qui n’efface en rien la dimension sociale de la crise mais au contraire l’accentue (opposer revendications politiques démocratiques et revendications sociales est la marque de l’arriération politique de toutes les « avant-gardes » formées par le XX° siècle et qui pèsent comme un grand arrière-train à l’encontre des grandes luttes contemporaines).

Depuis la nuit du 10 au 11 août 2020, c’est la grève générale qui a relancé le processus de manifestations de masse pour la démocratie et pour chasser le dictateur et son appareil d’État. La crise révolutionnaire bélarusse s’inscrit triplement : dans l’histoire longue des luttes ouvrières à l’Est, renouant en partie avec ce qu’avait été Solidarnosc au début, dans l’histoire immédiate des explosions démocratiques et sociales sur la planète, et dans la tonalité de tous ces combats où les femmes sont au premier plan, comme masse, comme victimes, comme organisatrices.

C’est une fierté pour Aplutsoc d’avoir de fait été à l’avant-garde de l’information, de l’analyse et des propositions d’action pour la révolution bélarussienne en France. Ceci nous impose des responsabilités et exige qu’auprès d’un réseau élargi de contacts et de camarades nous explicitions ce que peut être un « centre politique » aidant notre classe, faisant des propositions, fédérant et aidant à centraliser, en combinant le cadre national et le cadre international.

Le tyran bélarusse le dit fort bien : « Si Loukaschenka s’écroule, tout le système s’écroulera, suivi de toute la Bélarus. » « Si la Bélarus tombe, le prochain sera la Russie. » Ce que Poutine avait différé après 2011-2012 par la fuite en avant militaro-nationaliste contre l’Ukraine se profile : une crise « bélarusse » à l’échelle de la Russie. C’est cela qui se joue. Or, l’impérialisme russe assume des responsabilités surdimensionnées, en tenant Trump, en ayant assumé le poids de l’intervention contre-révolutionnaire en Syrie, en se projetant en Afrique. La banale métaphore du colosse aux pieds d’argile ne peut que revenir à l’esprit. Sa crise va se combiner à celle de l’impérialisme nord-américain. Ce qui, notons-le, n’est pas considéré par Xi Jinping comme une bonne nouvelle …

Cette situation de marche à la combinaison entre crise au sommet et crise sociale par le mouvement de celles et de ceux d’en bas, concerne bien entendu particulièrement la France. Les appareils politiques tentent de faire en sorte que la fausse parenthèse de la crise sanitaire, qui n’est nullement terminée, soit relayée par la parenthèse d’une campagne présidentielle qui, pour 2022, devrait commencer dès maintenant. Or, les licenciements, les attaques contre la jeunesse et les services publics, c’est tout de suite. « L’affrontement avec Macron, c’est maintenant » : nous devons travailler à concrétiser cette formule sur les principaux terrains de préoccupation des plus larges masses.

Cette situation globale conduit à des risques de guerre démultipliés. Les derniers mois ont vu, outre la poursuite des guerres rampantes déjà engagées, la montée des tensions entre Chine et Inde, les coups pris par l’impérialisme français en Afrique (Mali) et les coups qu’il tente de porter en Libye, dans la mer Égée et en Méditerranée orientale en se posant en rempart contre Erdogan et en jouant une improbable quasi remise sous tutelle du Liban qui ne peut que mal se terminer. Nous devons analyser cette politique pour la combattre, dans laquelle le cas « Benalla » est toujours présent soi-dit en passant, ce qui n’est pas anecdotique. La crise de l’UE s’accentue encore et la remise en cause (inévitable) de l’accord sur l’absence de frontière fermée entre Irlande du Nord et l’Eire par Boris Johnson est d’une grande importance. L’horreur de l’île de Lesbos en mer Égée souligne aussi la nécessité de revenir sur la défense des réfugiés comme revendication humaine et démocratique à l’échelle européenne et méditerranéenne. Analysons la géopolitique comme une dimension de la lutte des classes et surtout pas l’inverse …

Vision d’apocalypse ces jours-ci en Californie sous l’effet des nuages provoqués par les incendies de forêt tout au long de la Côte Ouest

Ces quelques notes n’avaient d’autre but que de poser brièvement des taches d’élaboration et de combat soumises à la discussion. Cette discussion se situe dans l’optique de la réorganisation du mouvement ouvrier international pour le rendre capable de répondre à la crise de l’humanité qui, en cette année 2020, entre dans sa grave maturité en plein mode « XXI° siècle ». Les débris handicapants du campisme, mis à jour par la défense de nation, des femmes et du prolétariat bélarusses, doivent être éradiqués, mais cela n’ira pas sans la tache constructive de la conscience, de la lutte et de l’organisation pour les temps nouveaux de guerre et d’effondrement, d’espoir et de renaissance, dans lesquels nous entrons de plein pied maintenant. Plus précisément encore : que pouvons-nous faire nous aussi d’ici ce 3 novembre pour, en nous appuyant sur notre acquis, qui à notre échelle est réel, avancer le plus possible ?

Le 10-09-2020.


Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut