Louïsa Hanoune: “le régime algérien est fini”

AVANT-PROPOS : les articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » ne représentent pas les positions de notre tendance, mais sont publiés à titre d’information ou pour nourrir les débats d’actualités.

SOURCE : Mondafrique

La version officielle de la destitution du président Abdelaziz Bouteflika vient de prendre du plomb dans l’aile avec les dernières révélations de la Secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune.

Algérie : Louisa Hanoune libérée de prison, elle souhaite être innocentée

Après avoir purgé une peine de neuf mois de prison prononcée par la justice alors que Gaïd Salah était au pouvoir, la militante trotskiste a donné une longue interview à Radio-M où elle enfonce l’ex-chef d’Etat Major. Par ricochet, elle discrédite encore plus le président Tebboune mis en place par l’ex-homme fort du pays.

Jusqu’ici le storytelling savamment conçu par les services secrets de l’Armée Algérienne tenait à peu près la route : Le président Bouteflika ne voulant pas quitter le pouvoir malgré les gigantesques manifestations du Hirak contre l’ubuesque cinquième mandat, et le chef de l’Etat major Gaïd Salah aurait choisi la volonté du peuple contre le clan maffieux des hommes du président impotent. Sauf qu’avec la mort du « général-sauveur » – survenue le 23 décembre, juste après qu’il eut le temps de placer son candidat, Abdelamajid Tebbboune, à la tête de l’Etat- les langues commencent à se délier et la version romanesque de l’Armée qui vole au secours du peuple prend l’eau de toute part. Les révélations récemment livrées par Louïsa Hanoune tendraient plutôt à prouver que « le sauveur » de l’Algérie voulait juste sauver sa peau.

L’IMPOSSIBLE PLAN B 

Dans une longue et passionnante interview vidéo accordée à El Kadi Ihssen, son ancien camarade de lutte au sein du PT, aujourd’hui journaliste libéral et patron des sites Maghreb Emergent et Radio-M, pratiquement les derniers médias libres encore tolérés en Algérie, Louïsa Hanoune accable le général qui l’a jetée en prison.
Rappel des faits : Le 27 mars 2019, dans le contexte du Hirak, Louïsa Hanouune avait rencontré, dans la résidence d’Etat Djenane El-Mithak Saïd Bouteflika, le frère et conseiller du président, et le général Mohamed Médiène dit Toufik pour «  trouver une issue à la crise ». Saïd et Toufik exposent le plan B à Louisa Hanoune : se débarrasser du général Gaïd Salah et proposer à l’ancien président et ancien militaire Liamine Zeroual d’assurer un interim. A cause de cette  entrevue, Louïsa Hanoune est jugée pour « Complot contre l’Etat »  et passera  neuf mois de détention à la prison de Blida. L’affaire est cocasse quand on sait que Louïsa Hanoune n’a pas accepté le deal proposé ce 27 mars 2019 par les deux hommes de l’ombre : “En réalité on n’était pas sur la même longueur d’onde, dès le départ ,dit-elle aujourd’hui. « Si moi je militais pour une Assemblée constituante, Saïd et Toufik cherchaient une personnalité pour assurer une transition de six mois, le temps de préparer de  vraies  élections. Plusieurs  noms  ont  été  avancés,  avant  qu’ils  ne s’accordent sur celui de Liamine Zeroual »

LE REVIREMENT DU BON GÉNÉRAL

Louïza Hanoune  révèle  qu’Abdelaziz Bouteflika avait annoncé sa démission, d’abord à Ahmed Gaïd Salah, le 23 mars, donc un mois après le début de la contestation. Toujours selon ses dire, Bouteflika devait annoncer publiquement son départ une fois les modalités de la transition avalisées par les différents clans du pouvoir. Louïza Hanoune rappelle que l’ex- chef d’Etat major, Gaïd Salah, fervent partisan du cinquième mandat du président, en constatant que Bouteflika ne voulait plus y aller aurait changé de stratégie et sauver sa peau en tentant de se faire passer pour « L’homme qui a obligé le président à partir ».

Effectivement, le 25 mars, s’adressant à la télévision depuis Ouargla, Gaïd Salah court-circuite la présidence, et presse publiquement le chef de l’État d’appliquer l’article 102, donc de démissionner. « Jusqu’au mois de novembre 2018, le frère affirmait qu’un nouveau mandat était impossible, estimant que  le  quatrième mandat  a vait été  ingérable » déclare Louïza Hanounequi avait aussi pour interlocutrice, la soeur du présidentZ’hor Bouteflika. Celle-ci lui aurait confirmé « on a hâte que ce mandat se termine pour qu’il se repose. Il n’y aura pas de 5e mandat ».

DES RÉVÉLATIONS QUI TOMBENT À PIC

C’est donc en apprenant que le président Bouteflika allait démissionner sans son aval que Gaïd Salah a opéré son revirement révolutionnaire. Aujourd’hui, dans une atmosphère de guerre larvée entre plusieurs factions de l’Armée, cette sortie de Louïza Hanoune contre le défunt Gaïd Salah vient à point nommé pour conforter le discret homme des Aurès, l’actuel chef d’Etat Major Saïd Chengriha. Lequel aujourd’hui règle ses comptes avec celui qui était à son poste il y a encore moins d’un an.

Les militaires proches de Gaïd Salah sont emprisonnés ou mis à la retraite alors que  les fils de l’ex-chef d’Etat major sont rattrapés par la justice pour des affaires de corruption. Ne surtout pas chercher du côté de l’idéologie les raisons de ce règlement de comptes entre deux chefs militaires, l’un mort et l’autre très vieux. Sinon, autant s’amuser à chercher les raisons politiques de la haine que se vouaient dans les aventures de Tintin le général Alcazar et le général Tapioca…
Car, comme dirait Louïza Hanoune, toujours sous le coup d’une peine de prison  avec  sursis  malgré un appel introduit auprès de la Cour suprême, « le système n’a pas changé ». Ce régime « est fini. Il faut qu’il parte » ,a-t-elle martelé dans cette interview. Après avoir largement circulé sur la toile, l’interview de la chef des trotskistes algériens n’est plus disponible sur le site de Radio-M.


Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut