Écologie sans transition ? réflexions sur la contribution de Désobéissance écolo

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SOURCE : Révolution permanente

Dans une période où la question écologique se pose de manière de plus en plus cruciale, Désobéissance Écolo Paris (DEP) se propose de « faire l’autocritique » des mouvements écolos et de « définir des stratégies d’action », à l’occasion de Écologie sans transition sorti en juin dernier aux éditions Divergences. Un livre qui se veut une contribution au débat stratégique autour de l’écologie et avec lequel nous discutons aujourd’hui.

Le collectif, constitué à l’hiver 2018 et qui est surtout apparu lors des grèves scolaires pour le climat au printemps 2019, se présente comme un regroupement de membres venus d’horizons différents, se positionnant sur un « spectre de sensibilités écologiques ». Leur livre, écrit à plusieurs mains, est aussi le résultat de la contribution de membres d’Extinction Rébellion et de Youth for Climate.

Ce livre se divise en trois parties. La première revient sur l’impasse de « l’écologie » libérale telle qu’elle est majoritairement prônée aujourd’hui, défendue principalement par les gouvernements et les capitalistes. La seconde partie détaille la responsabilité du capitalisme dans le « ravage » en cours, son instrumentalisation de l’écologie à des fins d’extensions de parts de marché. Dans cette partie, les auteurs et autrices détaillent aussi les enjeux coloniaux et patriarcaux dans la question écologique. Enfin, la troisième partie revient sur leurs propositions et sur leurs implications stratégiques, tout en se refusant, et c’est là un paradoxe du livre, à proposer « un programme partisan » ou des « alternatives » car celles-ci risqueraient d’être « prêtes à l’emploi ». Enfin, il faut aussi souligner l’originalité du tout dernier chapitre, patchwork de textes relevant plus du poème ou de la fiction, de différents auteurs, qui ouvre des brèches, propose des futurs enviables, entrevoit ce à quoi pourrait ressembler le monde demain.

Rompre avec la « transition écologique »

La question centrale du livre, que sous-tend le titre d’ « écologie sans transition », c’est la remise en cause de l’idée d’une « transition » écologique telle qu’elle est vendue par les gouvernements dans la société actuelle et telle qu’elle est accompagnée par certains écologistes dont les discours sont majoritairement relayés. La « transition » est donc inévitablement rejetée et associée par DEP à une mascarade inoffensive pour le mode de production, qui se ferait dans le cadre de l’économie capitaliste et serait même une nouvelle occasion d’ouvrir de nouveaux marchés et de faire toujours plus de profits. Cette grande comédie des petits « écogestes » de chacun est indéniable et est d’ailleurs assez bien développée dans le livre à travers l’analyse de la morale écologiste individualisante. Celle-ci glorifie les pseudos-avancées de gouvernements et entretient l’illusion d’une voie de pacifique, sans rupture, entendue comme la coopération de tout un chacun pour changer la société et construire ensemble un futur repeint en vert.

La « transition » que rejette DEP, c’est celle de l’attente vis-à-vis des « décideurs » économiques et politiques, trop souvent entretenue par les écologistes institutionnels demandant aux dirigeants de prendre leurs responsabilités et d’agir face à la crise climatique. À l’inverse, c’est une rupture politique nécessaire qui est prônée dans le livre : « Nous ne voulons plus d’une écologie qui ne se reconnaît pas d’ennemis et qui serre la main à tout le monde » pose d’entrée de jeu l’introduction. En enjoignant les écolos à choisir un camp, Désobéissance écolo se place à contre-courant de cette écologie qui affirme que nous sommes tous dans le même bateau, citoyens, entrepreneurs et élus et se propose de rompre avec ce monde-là par « des actes collectifs, des actes solidaires, des actes de révolte ».

Mais derrière leur volonté, légitime, de rompre avec la logique capitaliste se loge un refus de penser tout type de transition – et ce au delà de la tonalité légèrement provocatrice du titre du livre. Le monde nouveau et écolo tel qu’il est voulu et les moyens pour y parvenir contournent la question tout au long du livre. Et cet empilement « d’actes » finit par s’épargner de s’attaquer au renversement même du système existant.

Un « ravage » mené par un sujet identifiable

L’un des points forts du livre c’est qu’il parvient à pointer la question du mode de production comme principal coupable de la crise écologique et environnementale. Ceci permet aux auteurs de se démarquer de bons nombres d’écolos dont les attaques s’arrêtent à la « consommation » ou la « croissance ». L’emploi du terme « ravage » plutôt que « catastrophe » ou « effondrement » va permettre aux auteurs et autrices de déplier leur critique d’un processus « actif, agressif », mené par un sujet identifiable, et non pas quelque chose qui nous tomberait dessus d’un coup, sans prévenir. Ce qui va permettre une compréhension systémique de la situation, en développant le lien entre cette activité ravageuse et l’économie capitaliste.

Le livre évite ainsi le piège de la critique superficielle de la « surconsommation », en la présentant comme ce qui permet notamment à l’économie capitaliste de réduire la pratique écologiste à des choix de supermarché. Face à cette « écologie de la carte bleue » et de la morale écologique des petits gestes, la surconsommation est reconsidérée pour ce qu’elle est, c’est-à-dire un effet de la surproduction, le capitalisme ayant besoin de produire toujours plus pour faire du profit et d’écouler toujours plus de marchandises. Contre l’idée d’une humanité indifférenciée qui consommerait trop, ou d’une écologie « du renoncement » (espèce d’ascétisme écolo érigeant en « nouveaux saints » ceux qui renoncent à toujours plus que leur voisin) la question du « choix » est remise en perspective. Car c’est bien le résultat d’un processus contrôlé par une classe minoritaire qui décide de ce qui est produit et comment, sur lequel le consommateur n’a aucun moyen de contrôle. Les petits gestes, s’ils « soulagent » individuellement, n’ont qu’un impact infime par rapport aux plus gros consommateurs de ressources qui ne sont autres que les grandes entreprises. De la même manière, la compétition au plus vertueux neutralise le potentiel de transformation radicale de la société que pourrait porter l’écologie. Cette écologie en positif mise en avant par DEP a cela d’intéressant qu’elle permet de donner envie plus largement, en ne prônant par le renoncement mais la remise en question totale de « la production et la reproduction de nos vies » actuelles.

Utiliser la critique du capitalisme pour expliquer le « ravage », c’est ce que s’emploie à faire le début de la seconde grande partie du livre. Car le capitalisme, comme mode de production, ni éternel, ni définitif, a bien un rôle historique dans la dégradation des « milieux vivants » (terme choisi par DEP pour définir leur écologie : non pas une nature distante, à gérer et administrer, mais des lieux qui sont l’intrication « des êtres qui l’habitent et qui l’élaborent »). Cette partie du livre reprend la critique du concept d’anthropocène et se la réapproprie. Ce terme, qui masque les écarts d’impact et propose une vision totalement a-historique, impute une nouvelle ère géologique à l’humanité toute entière. L’utilisation massive des énergies fossiles, en grande partie responsable du dérèglement climatique, a pourtant une source historique et économique bien précise : la révolution industrielle en Angleterre, résultant donc encore une fois des choix d’une classe de capitalistes, d’abord anglais.

Le capitalisme est défini comme étant fondamentalement anti-écologique, en utilisant les milieux vivants à la fois comme nature-ressource (puiser des ressources naturelles, des matières premières) ou comme nature-décharge (déverser tous les déchets de sa production), en étendant de plus en plus le domaine de ce qui est marchandisable, et en fonctionnant à la fois par dépossessions successives et sur un principe de croissance infinie. À ce sujet, on peut aussi souligner l’analyse assez détaillée développée sur les interactions entre colonialisme et écologie, retraçant les liens entre développement de l’écologie et histoire coloniale, qui a causé de fait l’effacement total de celles et ceux qui luttent depuis des générations pour défendre leurs milieux et se battre contre les expropriations impérialistes. La « nature sauvage », concept qui émerge chez les colonisateurs, va jusqu’à nier ce qui existait auparavant, et est utilisé comme moyen de s’accaparer des territoires pour soi-disant les préserver, aboutissant aux réserves naturelles qui protégeraient une nature intouchée, en expulsant les populations qui y vivaient. Le « développement durable » prolonge par la suite cette idée, grandes entreprises et ONG occidentales étant mises en avant comme étant les plus à même d’administrer ces espaces, ce qui en fait un véritable outil de maintien d’une organisation coloniale puis néocoloniale et une « gestion capitaliste du vivant ».

DEP se positionne ici contre une écologie impérialiste, disciplinaire et déshumanisante, pour une écologie sensible à la dignité des populations indigènes et des individus. Également, contre le risque d’ « écofascisme », cette écologie xénophobe appuyée par certains milieux écolos qui considèrent la question démographique comme responsable de tous les maux et appellent à décroître drastiquement la population pour y remédier – ne visant bien entendu jamais par-là les populations des pays riches. Là où l’extrême droite se jette sur les thèmes du retour au local et au cadre étriqué des frontières nationales, Écologie sans transition a le mérite d’être résolument internationaliste, en se revendiquant contre les frontières qui brisent artificiellement les relations des populations à leur territoire et en appelant à une coopération des luttes qui ne s’arrête pas, comme les milieux vivants, aux frontières nationales.

L’ennemi est donc, dans cette Écologie sans transition, un sujet identifiable. Pour lui faire face cependant, le flou subsiste. La notion de consommateur est écartée à raison, pour laisser place à la « puissance collective » qui seule peut permettre un changement véritablement écologiste : « Nous sommes individuellement réduits à être des consommateurs avant tout parce que nous n’avons aucune prise de conscience collective de nos moyens d’existence ». Mais le livre ne s’aventurera pas beaucoup plus loin, même dans sa partie consacrée à ses propositions stratégiques. Quelles pourrait être la puissance collective à même de balayer l’individualisation du « consommateur » ? Cette interrogation, qui pose la question centrale du sujet social de la rupture politique – de la révolution, puisqu’il faut bien l’appeler par son nom – ne restera qu’effleurée.

Quels horizons et surtout quelle stratégie ?

Pour faire face au caractère ravageur du capitalisme, DEP affirme que les écolos doivent abandonner toute illusions vis-à-vis des gouvernements bourgeois et de l’État : faire confiance à celui-ci pour réguler le caractère ravageur du capitalisme n’est pas possible, car il est précisément « l’organe qui a pour vocation de garantir et de réguler l’ordre économique qui est en train de détruire la planète ».

Les mesures de ruptures écologiques doivent donc être prises, selon DEP, non pas par un gouvernement au service de l’économie capitaliste, mais par un « mouvement révolutionnaire ». C’est là que la question de la stratégie se pose de manière cruciale. L’absence de confiance en l’État bourgeois est une première étape : arrêter de faire confiance au gouvernement, que ce soit pour la question écologique ou pour mener des réformes sociales par exemple, et au contraire penser la politique en toute indépendance de ces institutions. C’est ce que veut faire DEP, dont le livre se revendique de l’autonomie politique, en reliant cette indépendance vis-à-vis de l’État à l’objectif d’appeler à construire un « réseau de résistance autonome » pour prendre en charge « par la base » le fait de réaliser cette écologie sans transition.

Le livre de Désobéissance écolo Paris se donne pour objectif « d’esquisser des lignes d’action ». Cela revient à rester volontairement dans le flou, ce qui amène surtout à esquisser une perspective « plurielle » qui semble parfois beaucoup moins radicale que l’idée initiale de rupture avec la logique capitaliste. C’est ainsi qu’il est question de « d’apprendre à louvoyer » ou de « faire un usage subversif des institutions ». En se refusant à proposer une stratégie pour renverser le capitalisme – car en définitive, c’est bien de cela qu’il s’agit pour reprendre en main collectivement notre avenir face à un ennemi très organisé et très bien installé – DEP finit par abandonner l’idée de rupture elle-même. Tout en appelant à un « mouvement révolutionnaire », il s’agit de ronger, grignoter, se détacher sans vaincre véritablement et arracher le monde à l’emprise de cet ennemi. Ce que propose Écologie sans transition, c’est plutôt une sorte de « pas de côté » par rapport au système – s’inscrivant ainsi d’autant plus dans la lignée des divers courants de pensée qui se revendiquent de l’autonomie politique.

La question de l’indépendance pose aussi question : indépendance vis-à-vis de qui ? Le livre va esquisser la question de la « transformation » de l’appareil productif, après avoir à juste titre constaté que c’était là le cœur du problème écologique dans un monde où cet appareil est aux mains des capitalistes. Qui est le mieux placé pour le faire, si ce n’est les travailleurs et les travailleuses ? Celles et ceux qui, livreurs sans papiers, ouvriers de l’aéronautique ou de l’automobile, caissières, sont « en première ligne » pour faire tourner toute la société, comme on l’a vu de manière éclatante pendant la pandémie de Covid-19. Indépendance, d’accord, mais surtout indépendance de classe. La dimension qui nous semble fondamentale et qui pourtant plane dans cette Écologie sans transition sans jamais se concrétiser, c’est le fait que pour se débarrasser de la domination du capital il faut en arriver à la prise de pouvoir par la classe ouvrière, celle sur laquelle repose aujourd’hui le fonctionnement de celui-ci. DEP avance la question des « bases » existantes sur lesquelles s’appuyer et sur les « fronts » qui peuvent être ouverts : à la fois « fronts d’enquête » et « fronts offensifs ». Le réseau de résistance proposé relierait ainsi « ZAD, quartiers populaires, manifestations, piquets de grève », sans que le rôle de ces derniers comme nœud central de la lutte soit exploré. Car la grève, l’occupation, la manifestation sont les résistances collectives qui vont frapper au cœur de ce qui caractérise le capitalisme comme mode de production : ses moyens de production. C’est quand les travailleurs et les travailleuses s’emparent de ces outils qu’ils posent, dans l’entreprise elle-même, jusque-là dominée par le bon vouloir de ses patrons et de ses actionnaires, la question du pouvoir. La question de qui produit, pourquoi et comment, et donc de quelle utilisation des ressources, de quel impact sur les milieux vivants.

DEP tourne autour de cette question, l’effleure, puis s’en éloigne à nouveau. Le collectif évoque tout de même le fait de « remettre sur le tapis la vieille question de la réappropriation des moyens de production ». DEP esquisse un projet de société : en appelant à « démanteler » les éléments de l’appareil productif à ne pas garder (selon eux, les hydrocarbures ou le nucléaire) ; à en finir avec des secteurs inutiles tels que la publicité ; à « mettre en échec » des institutions garantes de l’ordre social qui s’opposeront nécessairement à un monde écologique (police, armée). Mais cette esquisse est orpheline à la fois, on l’a vu, d’un sujet (qui pour se poser collectivement et démocratiquement la question de démanteler les hydrocarbures si ce n’est celles et ceux qui travaillent dans ces secteurs ? Qui pour trancher quelle production est « essentielle » de celle qui est « non essentielle » ?) et d’une stratégie. Les limites à l’absence de « transition » revendiquée sont en effet qu’est également escamotée la question du passage à l’acte et de la reprise en main collective et révolutionnaire à proprement parler, par méfiance pour « le grand soir » et « la grève générale one-shot ».

Entre une première partie de constat et un dernier chapitre qui esquisse des mondes à venir, la rupture nécessaire est maintenue dans un certain flou, avec tout au plus l’affirmation que tout cela nécessitera des « blocages massifs, des sabotages, des dynamiques insurrectionnelles ». À la lecture du livre, on est démangé non seulement par le fait de remettre sur la table « la vieille question » de la prise en main, par les travailleurs, de l’appareil productif, mais surtout de la poser jusqu’au bout avec l’affrontement pied à pied face au pouvoir des capitalistes. Car il est certain que face à la remise en cause et la mise en danger de leur monde, les capitalistes et les États à leur service ne se laisseront pas faire. L’armée et la police seront envoyées pour mater la colère et les expériences qui, même à petite échelle, laisseront entrevoir une autre société : on l’a vu lors de la répression militarisée de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, et encore plus récemment avec l’envoi des flics sur piquets de grève pendant le mouvement contre la réforme des retraites. Et il ne suffira pas, à ce moment-là, de les « mettre en échec » mais de leur opposer une force collective au moins aussi puissante, organisée et capable d’en finir avec eux.

L’offensive d’Écologie sans transition se veut pensée sur le long terme. Le livre tire les bilans que beaucoup de groupes autonomes ont également tiré des différentes expériences zadistes : il n’est pas possible de simplement se construire « à côté », de s’enfermer dans des îlots minoritaires qui proclament leur sécession absolue vis-à-vis de l’État, se coupant de fait d’une perspective majoritaire et qui finissent isolés et vulnérables à la répression. Pour éviter cet écueil, DEP propose de « se penser en lutte » et développe plusieurs volets : celui de la bataille culturelle (idées et analyses critiques à diffuser), celle des espaces à réquisitionner et à progressivement gagner, en passant par celui du blocage économique. Sur ces deux points également, beaucoup de choses sont contournées : pour que les lieux de productions soient réappropriés par les travailleurs, il ne s’agit pas dans le livre de les arracher aux capitalistes, mais de « multiplier les omissions pour faire céder les propriétaires ». Ce point aveugle, qui sous-estime l’acharnement des capitalistes à réaliser leurs profits, et à l’inverse surestime les capacités du blocage sans reprise en main collective, trouve son apogée dans l’affirmation que « plus une activité sera rendue coûteuse par le blocage, plus les perspectives de profit s’amenuiseront jusqu’à faire disparaître cette activité ». Le fait de surestimer le « blocage » – réalisé par qui, comment ? – comme perspective d’action découle aussi du flou autour du sujet social pour mener la rupture avec cette société. Avec le « blocage », ce n’est pas la classe ouvrière de ces secteurs qui agirait, mais des groupes indéfinis de la population. Tout en s’en défendant, DEP renoue ici avec la vieille tactique du boycott qui avait pourtant été écartée plus tôt dans le livre.

Dans le même temps, le collectif fait avec ce livre des pas en avant vers les secteurs les plus explosifs du monde du travail, en tirant notamment les leçons de l’expérience des Gilets jaunes – à l’inverse de beaucoup d’écologistes libéraux qui n’ont pas de mots assez durs pour les qualifier. Il y a une réelle volonté de reprise en main démocratique, par la base, la nécessité de coordonner les « fronts ». Pour DEP, les écologistes auraient tout à apprendre du mouvement des Gilets jaunes, en termes de fonctionnement démocratique, citant la tentative « d’Assemblée des assemblées » véritable embryon de coordination et d’auto-organisation. Cette coordination par la base, cette prise de décision collective et démocratique, c’est en fait le meilleur du mouvement ouvrier, celui qui a été capable dans des moments charnières de l’histoire d’ébranler le monde et de s’emparer de son propre destin. Par rapport à cela, Écologie sans transition affirme aussi que les moments de conflits généralisés (les soulèvements qui ont secoué le monde entier de Hong Kong au Chili en passant par les Gilets jaunes en France sont évoqués) seront les plus cruciaux et intéressants pour les écologistes dans les temps à venir.

La « contribution au débat écologique » de Désobéissance écolo Paris a le mérite de poser comme point de départ une critique du système capitaliste, chose qui est loin d’être acquise dans certains milieux écologistes. Le positionnement contre les frontières et l’éco-nationalisme sont aussi des points forts du livre qui rompt à la fois avec l’héritage colonial de l’écologie et avec son actualité parfois extrêmement réactionnaire. Enfin, l’affirmation que c’est avec ceux et celles qui travaillent dans les secteurs de l’appareil productif à transformer que les écolos doivent se chercher des alliés est un pas énorme en direction d’une écologie véritablement révolutionnaire. Le livre remplit ainsi son objectif de faire « l’autocritique » des mouvements écolos, et sa lecture sera utile à toutes celles qui se demandent pourquoi une écologie conséquente ne peut être qu’anticapitaliste, ainsi qu’à tous ceux qui ne voient l’écologie que comme une morale individualisante et culpabilisante sans remise en cause du système.

Sa contribution au débat stratégique contre le capitalisme se heurte malheureusement aux limites qui traversent les courants se revendiquant de l’autonomie politique : en se refusant à s’approcher du moment de renversement du système et de la question du pouvoir, en rejetant non pas tant l’idée de transition mais celle de la rupture elle-même et de la manière d’articuler le monde voulu pour l’après, par un programme et des revendications transitoires qui feraient le lien avec les luttes du monde d’aujourd’hui.


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