Leçons d’Asie sur le coronavirus

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SOURCE : NPA

Par facilité de langage, on entend souvent dire « en Asie… », mais l’Asie est si diverse que la formule est trompeuse. La pandémie et les politiques gouvernementales se présentent sous des formes particulièrement diverses suivant les pays. Cette diversité interdit toute généralisation, mais permet des comparaisons riches en leçons.

Le 5 avril, le South China Morning Post annonçait : « Le débat sur les masques est clos. Hong Kong avait raison depuis le début ». L’OMS venait enfin de reconnaître que le masque était nécessaire pour lutter contre la pandémie. C’était une évidence – niée trois mois durant par le gouvernement français.

Le contre-exemple coréen

La Corée du Sud est un important contre-exemple par rapport à la Chine, dont on aurait bien fait de s’inspirer. Cela avait mal commencé. Le pays a précocement subi un choc similaire au Grand Est français, pour les mêmes raisons. Des milliers de membres d’une secte évangélique, Shincheonj, sont revenus de Wuhan (où la pandémie a commencé) dans la région de Daegu, provoquant une explosion de contaminations. Cela n’a pas empêché le pasteur fanatique Jeon Gwanghoon de déclarer qu’il n’y avait pas danger et que Dieu protégerait les membres de son Église. Le fonctionnement monolithique, secret, de cette secte a considérablement entravé le travail d’investigation des autorités chargées de dépister la maladie.

La pandémie s’est donc déclenchée en Corée avec une brutalité que nous n’avons pas connue avant qu’une autre secte répète dans le Haut-Rhin (en connaissance de cause) le crime de Shincheonj. Pourtant, l’épidémie reste là-bas maîtrisée avec 10 284 cas confirmés et 187 morts. Le président Moon Jae-in avait d’abord banalisé la situation, mais la riposte s’est rapidement organisée : production massive de tenues de protection et tests de dépistage, distribution de masques, imposition des mesures de distance physique… Le dépistage massif a permis de localiser rapidement de nombreux malades avant que des symptômes n’apparaissent, de les isoler et de rechercher qui avait pu être contaminé dans l’entourage.

La Corée du Sud a jusqu’à maintenant pu éviter le confinement de territoires ou du pays entier. Nul ne s’aventure à faire des pronostics quant à l’évolution de l’épidémie. Le pays peut avoir à faire face à une seconde vague de contamination. Pour l’heure, il semble qu’il pourra éviter l’épineuse question du déconfinement, à la différence de la France.

« Modèle » chinois ?

Résumons : comme le port de masques, les dépistages massifs sont essentiels. Une évidence – niée trois mois durant par le gouvernement français, qui n’a pas non plus mobilisé dès janvier l’industrie pour reconstituer les stocks de tenues de protection, de matériel d’intubation ou de tests. Des stocks préventifs très importants existaient en France jusqu’en 2012. Ils avaient été constitués sous des gouvernements de droite. J’ai vécu toute l’histoire de la Ve République. Je n’ai jamais connu de présidence et de gouvernement aussi incapables et lâches qu’aujourd’hui.

Faute de moyens (ayant aussi rompu le fil d’une riche « culture » nationale de la prévention anti­épidémique) le point de référence pour le gouvernement français reste donc le « modèle chinois » à partir duquel il faut réfléchir, en tenant compte de la taille du pays, mais aussi de l’extrême violence qui a accompagné le confinement. De nombreux témoignages sur internet (vite censurés) illustrent la fureur d’une partie de la population chinoise face à l’incurie du régime et la violente répression qui a accompagné le confinement. Le déconfinement amorcé est lourd de dangers épidémiologiques (seconde vague de contamination) et politiques pour le PCC. Les semaines qui viennent seront cruciales.

Dans une grande partie de l’Asie, comme l’Inde, il est simplement impossible pour la majorité de la population de mettre en œuvre les mesures barrières élémentaires : promiscuité inévitable, manque de sanitaires ou d’accès à l’eau pour se laver les mains… Le confinement plonge la population dans des dilemmes insolubles, face à des régimes autoritaires ou dictatoriaux. Aux Philippines, le président Duterte a sommé la police d’abattre quiconque violerait les règles qu’il édicte. L’aide sociale promise n’arrive pas et les pauvres, sans rentrées d’argent, ne pouvant appliquer les consignes draconiennes de déplacement, craignent plus de mourir de faim que de la maladie.

Les mouvements progressistes tentent de résoudre la quadrature du cercle : comment en temps de confinement (souvent dictatorial) favoriser l’auto-organisation des populations et apporter « par en bas » l’aide logistique, le savoir-faire, les biens de première nécessité. Comment concevoir dans de telles conditions une politique populaire de prévention de la maladie ? Il nous faut maintenir la solidarité internationale (y compris financière) et assurer les échanges d’expériences pour tenter collectivement de répondre à ces exigences, à ces questions.


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